Rechargement

Cette partie du blog vous montrera quelques techniques que j’utilise pour le rechargement et en particulier l’utilisation des différents outils et machines que j’ai à ma disposition. 

Les étapes du rechargement #2 : fabrication, vérification

Les procédures de fabrication et de vérification

Préparation

Avant de démarrer, il faut que tout soit prêt. Au delà du matériel qui doit être bien disposé sous la main, il faut donc que vous ayez tous les composants en nombre suffisant :

  • Douilles amorcées
  • Bourres préparées
  • Poudre
  • Grenaille
  • rondelles de sertissage
  • Système d'identification des munitions (feutres, étiquettes...)

Pour cela, il vous faut avant tout décider d'une recette. Vous commencez par noter le nom du lot que vous allez faire avec la recette que vous allez employer et le nombre de munitions que vous souhaitez faire. C'est très important afin de vous y retrouver par la suite et d'assurer la traçabilité de vos essais et production. Par exemple, vous pouvez attribuer 20180502-36#7 pour des 36 grammes de TSS#7 confectionnées le 2 mai 2018. Il faudra aussi noter le numéro de recette ou alors les composants utilisés :

  • poudre : type, quantité (N° de lot)
  • douille et amorce
  • bourre (type, épaisseur, nombre de fentes...)
  • sertissage
  • quantité et type de grenaille
  • type de rondelle et épaisseur

Une fois que la recette est choisie et notée, il faut préparer vos ingrédients. La poudre dans un pot de confiture, les billes du bon diamètre dans une boite à beurre, les douilles sur leur support, les bourres et les rondelles en nombre équivalent au nombre de douilles dans un autre petit récipient.

De même, préparez à l'avance les étiquettes associées à votre production.

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Fabrication

  1. Vérification et étalonnage de la balance (une fois au départ)
  2. Pesée de la poudre
  3. Transfert de la poudre dans la douille
  4. Transfert de la bourre dans la douille avec un léger tassage
  5. Tarage et pesée de la grenaille directement dans la douille
  6. Mise en place éventuelle du buffer
  7. Mise en place de la rondelle de sertissage
  8. Sertissage
  9. Identification des munitions

Je vous recommande d'effectuer les opérations successivement jusque la septième et de stocker vos douilles prêtes à être serties dans leur support.

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Une fois vos douilles prêtes, vous pourrez attaquer l'opération de sertissage et l'étiquetage de vos munitions.

Avec l'habitude, vous vous créerez ou achèterez vos propres outils qui vous permettront de gagner un peu de temps lors de ces étapes vite fastidieuses.

Certains objecteront qu'il n'est pas nécessaire de tout peser et que des doseuses volumétriques peuvent faire l'affaire. C'est un risque que je ne prendrais pas.

Pour avoir rechargé des milliers de cartouches, les dosettes ne sont absolument pas fiables quant à la précision du chargement, ni pour la poudre, ni pour la grenaille. Je recommande donc de peser tout ce que vous préparez. C'est un peu fastidieux mais beaucoup plus sécurisant et plus régulier.

Et lorsque l'on recharge des cartouches à plusieurs Euros pièces, comme avec le TSS, on se doit d'être absolument sûr de la régularité et de l'efficacité des cartouches que l'on réalise.

Vérification

Il est important de vérifier les munitions que vous avez fabriquées. 3 paramètres sont importants :

  • La pression
  • La vitesse
  • Le groupement

La pression se vérifie en examinant les douilles tirées pour voir si elles ne présentent pas de signe de surpression. On peut aussi envoyer quelques exemplaires au banc d'épreuve de Saint-Etienne afin de les tester mais cela a un coût certain.

La vitesse peut se mesure à l'aide d'un appareil dédié. Il en existe de plusieurs modèles qui sont très pratiques à utiliser. La valeur de la vitesse est très importante car elle va directement influer la pénétration finale. Elle a aussi une influence sur le groupement et la régularité de la gerbe, en particulier pour le plomb. Elle aura aussi une influence légère sur les corrections à faire en cas de tir au vol.

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Enfin le groupement se mesure en comptant les impacts de billes dans un cercle de 75 cm à 35 m de distance. C'est la méthode standard mais vous pouvez aussi adopter d'autres types de mesures. Certaines revues utilisent deux cercles concentriques (50 et 75 cm) pour évaluer la concentration. Il est aussi intéressant de mesure le nombre de cercles de diamètre 8 cm sans impact, ce qui donne la régularité de la gerbe.

Pour cela, il faut tirer dans une feuille blanche à 35 m est dessiner le ou les cercles après tir. En effet, le centre de la gerbe peut être décalé du fait d'un coup de doigt ou autre et il sera plus facile de procéder ainsi. Je vous conseille aussi de séparer votre cercle en 4 quarts ce qui vous permettra aussi de compter plus facilement et méthodiquement les impacts. Pointer chaque impact avec un coup de feutre ou de crayon pour ne pas en oublier ou en compter certains en double.

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Il est nécessaire de faire au minimum 3 tirs avec le même lot afin d'avoir une statistique correcte. Si les 3 tirs ne sont pas cohérents, il est bon d'en faire au moins 2 de plus.

Cette méthode est longue mais vous permettra de connaître avec précision la qualité de vos munitions.

Les étapes du rechargement #1 : le matériel

Les étapes du rechargement (première partie)

Le matériel

Le matériel minimum pour commencer le rechargement est le suivant :

  • Une balance précise pour le pesage de le poudre. Elle doit être au minimum précise au 1/100 de gramme. Un large plateau est préférable, accompagné d'une coupelle pour pouvoir égrener convenablement la poudre. Un poids permettant d'étalonner la balance est aussi très important. Vous pouvez aussi opter pour une balance mécanique à fléau aussi voire plus précise qu'une balance électronique mais plus fastidieuse à utiliser.
  • Une balance pour la grenaille. Je recommande une précision au 1/10 de gramme avec une portée d'au minimum 100 grammes (500 grammes est parfait).
  • Des dosettes et divers récipients pour pouvoir stocker et transférer les composants.
    • pots de confiture en verre pour la poudre
    • boites à beurre pour la grenaille
  • Un sertisseur rond. Le sertissage rond est performant et très facile à faire. Il nécessite de gérer des rondelles complémentaires mais ce n'est réellement pas un problème quand on n'a qu'une petite production à réaliser (quelques centaines de cartouches par an).

Orlatore

  • Pied à coulisse au 1/100 de mm
  • Un support pour vos douilles

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  • Un carnet de notes (très important) et de quoi écrire.

Vous pouvez ensuite acquérir du matériel plus perfectionné qui pourra vous permettre de faire des sertissage étoile mais ce n'est pas nécessaire au début.

Enfin, et si vous avez un nombre important de munitions à faire, vous pouvez vous offrir une doseuse automatique de poudre qui rend de grands services. En revanche, il faut standardiser vos poudres et donc vos rechargements car le changement de poudre sur ces doseuses est délicat.

Installation

Pour pouvoir réaliser ses munitions soit même, il faut être au calme et cela nécessite, au moins au début, une grande concentration.

Aménagez vous donc un local tempéré, calme et lumineux dans lequel vous vous sentez bien. Une solide table est obligatoire sur laquelle vous allez fixer vos outils.

Assurez vous que vous ne pouvez pas être dérangé et que vous avez du temps devant vous. Au minimum 2 heures.

Le rechargement, pourquoi et comment ?

Les étapes du rechargement

Pourquoi faire ses propres munitions ?

C’est une question essentielle. Pourquoi s’enquiquiner à acheter les composants, chercher des recettes, tester maintes et maintes combinaisons alors qu’il suffit d’aller chez son armurier ou sur Internet et commander toutes les munitions possibles et inimaginables, et à des prix très intéressants. 

La raison en est simple. Pour avoir la satisfaction d’avoir réalisé quelque-chose de parfait par soi même avec une efficacité au moins aussi bonne que les produits industriels. Pour pouvoir tirer la cartouche que l’on souhaite, avec LA charge que l’on souhaite et de la grenaille de très haute qualité, LA bourre dénichée en Italie et LA poudre fantastique que l’on va chercher au Luxembourg. En bref, pour faire du sur mesure, taillé exactement à votre façon de chasser, avec les meilleurs ingrédients possibles. De la haute couture. Du travail d’artisan minutieux, d’horloger au service de la qualité et de la régularité. 

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La comparaison avec l’entretien d’un potager est à ce titre instructive. On ne cultive pas un jardin pour y gagner de l’argent car on peut toujours acheter moins cher ses légumes au supermarché. Par contre, ils ont meilleurs goûts, on est sûr de la manière dont ils ont été produits et surtout, on est fier de pouvoir manger « SES » tomates du jardin. On les apprécie d’autant plus qu’elles nous ont données du mal et que le résultat est délicieux. Quel plaisir de déguster une tarte à la tomate préparée avec de belles tomates bien charnues et bien mûres, avec ce goût unique du fait maison. 

Les cartouches faites main, c’est un peu comme ça. On apprécie quand on les tire, souvent avec plus de modération qu’avec des manufacturées et, quand on a un résultat positif, le plaisir est immense. C’est particulièrement vrai pour les cartouches de petit calibre. Prélever un gibier au 28, par exemple, est déjà difficile mais quand c’est avec ses propres cartouches, c’est le frisson garanti !

Le matériel

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas besoin de grand chose pour commencer à se faire plaisir. 

Une balance très précise pour la poudre, des douilles, de la poudre, divers types de bourres, de la grenaille, des rondelles de fermeture et un vieux sertisseur à main font très bien l’affaire pour vous confectionner, en respectant les recettes, d’excellentes cartouches. 

Ensuite, quand vous aurez atteint les limites de ce matériel, vous pourrez éventuellement investir dans une presse qui vous permettra de faire des sertissages étoiles mais cela n’a vraiment rien d’obligatoire. 

Les industriels ont abandonné presque tous le sertissage rond pour des raisons essentiellement économiques :

  • on y met en général un peu moins de poudre
  • il n’y a pas les rondelles de fermeture à gérer
  • les douilles ne sont plus réutilisables
  • le système est bien plus facilement automatisable. 

Et cela, en expliquant que les sertissages ronds pouvaient provoquer des trous dans les gerbes, ce que le sertissage étoile ne provoquait en aucun cas. C’est un plan marketing sans faille. 

La réalité est que les sertissages ronds sont sans doute les plus faciles à faire pour le particulier, donnent un régularité excellente (meilleures qu’un sertissage étoile moyen) et, à condition d’utiliser de bonnes fermetures, n’occasionnent que très rarement des trous dans les gerbes.

La procédure pour atteindre l’excellence 

Je vous donne d’ailleurs, selon moi, les principaux facteurs qui donnent une mauvaise gerbe à une cartouche :

  • la bourre à jupe qui ne s’ouvre pas convenablement, ce qui arrive assez souvent. 
  • plombs trop mous et non parfaitement sphériques
  • des vitesses trop élevées 
    • déformation de billes
    • passage difficile dans les chokes
    • perturbation de la bourre à la sortie du canon par les gaz de combustion. 

Il vous faut donc attacher une importance majeure à la qualité des composants que vous utilisez, en premier lieu la grenaille qui doit être la plus dure possible (avec pourquoi pas du buffer), en deuxième la bourre qui doit être d’excellente qualité, d’épaisseur constante et pré fendue. 

Enfin vous ciblerez vos cartouches pour trouver la vitesse qui vous donnera le meilleur groupement avec votre arme et ses chokes. 

En respectant cette procédure, vous obtiendrez des résultats qu’aucune cartouche du commerce ne saura atteindre. 

Conclusion

Il y a un réel intérêt à faire ses cartouches soi-même. 

L’assurance d’avoir les munitions les mieux adaptées à son arme et donc de pouvoir prélever le gibier convoité le plus proprement possible mais aussi et surtout la fierté d’utiliser ses propres munitions, créées dans son atelier avec les meilleurs composants et qui vont vous donner des résultats exceptionnels. 

Pas besoin de beaucoup de matériel, une centaine d’Euros et vous pourrez commencer à vous faire plaisir, en dehors de l’action de chasse, à tester et à fabriquer vos petits bijoux.